Jamais la division entre ceux qui souhaitent rester à tout prix dans la zone euro et ceux qui vouent la monnaie unique aux gémonies n’a été aussi prononcée que ces derniers mois. À tel point que certains accusent l’Euro de tous les maux, ce qui me semble déraisonnable, tandis que d’autres lui trouvent toutes les qualités, ce qui est tout aussi déraisonnable. Mais la réunion des ministres des finances de la zone euro pour tenter une nouvelle fois de débloquer le plan d’aide (sic !) à la Grèce jette une lumière crue sur le fonctionnement délicat de la zone monétaire…

Plus généralement, il est vrai que l’Union européenne n’a pas fait grand-chose pour rehausser l’image de cette monnaie qui devait pourtant à terme être celle de l’ensemble des États membres, même si pour l’instant seuls 19 des 28 pays (bientôt 27 après le Brexit) de l’UE font partie de la zone euro. Pire, en plus des maladresses de langage (euphémisme) d’un Jean-Claude Juncker, du pantouflage de Manuel Barroso, de la reprise laborieuse dans de nombreux États membres, des inégalités de revenus qui sont de plus en plus mal acceptées par la population, la concurrence des pays asiatiques (entre autres) se déchaînent contre le marché unique et ses emplois. C’est du reste ce dernier argument qui est systématiquement mis en avant par Donald Trump aux États-Unis pour justifier, partiellement à tort, un protectionnisme très dur.

La monnaie unique paie donc le prix de ses erreurs de conception : elle n’est politiquement pilotée par aucune puissance politique fédérale et elle ne permet pas de répondre à des problèmes symétriques qui touchent des pays très hétérogènes sur le plan économique. Voyons cela plus en détail.

Les problèmes de la zone euro

Le diagnostic a été rappelé nombre de fois sur mon blog, par exemple là, mais il est toujours bon de le réécrire. La zone euro est confrontée, entre autres, aux problèmes suivants :

1) l’absence d’ajustement par les taux de change oblige les gouvernements à pratiquer des dévaluations internes lorsque leur balance extérieure est trop déséquilibrée. Plus précisément, lorsqu’un pays a un déficit extérieur structurel (c’est-à-dire une balance courante structurellement déficitaire), il est conduit à s’endetter sans cesse à l’étranger. Dans ce cas, il existe un risque que cette dette extérieure devienne excessive au point de rebuter les prêteurs non-résidents à continuer de prêter. Ces pays n’arrivent par conséquent plus à financer leur déficit extérieur et renouveler leur dette extérieure.

Mais comme ils font partie de la zone euro, leurs difficultés extérieures ne se traduisent plus par des variations de taux de change… mais par des taux d’intérêt très élevés ! Et lorsqu’un pays n’arrive plus à financer son déficit extérieur en raison de taux d’intérêt stratosphériques, il ne lui reste plus qu’à faire appel à court terme aux prêteurs publics : FMI, troïka, FESF, MES bientôt,… ces prêteurs conditionnant leur aide à la mise en place d’une dévaluation interne.

Cette dévaluation interne, ou ajustement nominal, consiste en une baisse de coûts salariaux et des prix dans le but d’améliorer la compétitivité d’un pays. Selon la théorie, comme les prix et les salaires baissent parallèlement, les salaires réels ne varient pas et la compétitivité s’améliore à l’export. Mais, ce remède de cheval, contrairement aux attentes, conduit le plus souvent à l’effondrement de la demande des ménages en raison de la baisse des salaires réels. Cela débouche alors sur une compression de l’activité et donc sur une hausse du chômage.

2) Pour éviter la dépression dans la zone euro, il faudrait un minimum de coordination entre les politiques économiques de ces pays lorsqu’elles génèrent des externalités. Évidemment, comme l’histoire récente l’a montré, en temps de crise c’est chacun pour soi. Les États sont ainsi entrés en concurrence fiscale les uns avec les autres et même les salariés ont été montés les uns contre les autres au niveau européen dans le cadre du détachement.

L’OCDE et la Commission européenne cherchent bien à avancer sur les questions fiscales, notamment après le scandale des Panama Papers, mais même les sanctions pour aides d’État illégales (Cf. Apple en Irlande) ne semblent pas empêcher les États membres de tirer à hue et à dia en matière de réglementation fiscale. Au vu de la concurrence fiscale mortifère à laquelle se livrent les États membres de l’UE, la distinction entre État vertueux et paradis fiscal devient du reste de plus en plus tenue…

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