La journée d’étude sur les monnaies locales, la gouvernance et l’ESS, que nous avons organisée avec des collègues de l’Université de Lorraine a connu un grand succès, tant par le nombre de participants (représentants de monnaies locales, chercheurs…) que par la qualité des échanges. Dans un tout autre registre, enfin pas complètement car il s’agit toujours de monnaie,mon billet sur le marché de l’or a suscité ces derniers jours plusieurs questions de mes lecteurs sur le système de l’étalon-or. Nous allons donc faire un bon d’un siècle en arrière pour comprendre comment fonctionnait alors le système monétaire international.

Système monétaire international (SMI)

Le système monétaire international (SMI) est de manière simple l’ensemble des règles et institutions qui fixent le fonctionnement monétaire international, c’est-à-dire en particulier le mode d’échange des monnaies entre-elles (cours de change) et la nature des réserves internationales (or, devises…). Durant la première moitié du XXe siècle, deux grands SMI se sont succédé :

* le système de l’étalon-or (Gold Species Standard) jusqu’en 1914, caractérisé par la définition de l’unité monétaire par un poids d’or – d’où la stabilité des taux de change -, la convertibilité de la monnaie en or et la libre circulation de l’or entre les pays ; l’intervention des autorités monétaires pour éviter les sorties d’or et établir un cours forcé des billets de banque dans un contexte de guerre et d’inflation est l’un des éléments qui conduisirent à l’abandon de ce SMI.

* le système de l’étalon de change-or (Gold Exchange Standard) de 1922 jusqu’au début des années 1930, dans lequel les monnaies ne sont plus convertibles en or directement mais dans les devises étalons – le dollar et la livre sterling – pouvant être elles-mêmes convertibles contre de l’or à un taux déterminé. Ce SMI s’est écrasé contre la crise de 1929…

Les principes du système d’étalon-or

Détaillons un peu plus le système de l’étalon-or évoqué ci-dessus. Celui-ci reposait sur les principes suivants, qui étaient censés assurer la stabilité des changes et l’équilibre de la balance des paiements :

* chaque État doit fixer un poids d’or fixe pour sa monnaie ;

* la Banque centrale de chaque État doit assurer la libre convertibilité en or des billets de banque ;

* les États doivent garantir la liberté des changes et la libre circulation de l’or au niveau international ;

* les Banques centrales s’interdisent des interventions discrétionnaires sur le marché des changes.

Avant 1914, le franc correspondait ainsi à 290,3225 mg d’or fin et la livre sterling à 7 322,382 mg d’or fin, ce qui permettait de connaître la parité fixe (également appelée pair métallique) livre/franc : 7 322,382/290,3225=25,21.

Bien entendu, en fonction des échanges en devises le taux de change pouvait a priori s’éloigner de cette parité théorique. Mais le système de l’étalon-or permettait en fait de limiter considérablement ces variations. Supposons en effet qu’un importateur français cherche à se procurer beaucoup de livres sterling afin de régler une dette commerciale. Deux choix s’offrent à lui :

* il vend ses francs sur le marché des changes contre des livres sterling, ce qui fait baisser le cours du franc/sterling sur le marché des changes ;

* il s’adresse à la Banque de France pour convertir ses francs en or à la parité fixée de 1 franc pour 290,3225 mg d’or fin et envoyer le métal précieux en Grande-Bretagne, où il pourra obtenir des livres sterling contre l’or à la parité fixée de 1 livre sterling pour 7 322,382 mg d’or fin. Dans ce cas, il faut également tenir compte des commissions prises par les banques et des coûts de transport et d’assurance de l’or.

Le lecteur aura immédiatement compris qu’il existait un arbitrage entre ces deux modes de paiement : si la valeur de la livre sterling par rapport au franc sur le marché des changes était supérieure au rapport des parités fixes (donc du pair métallique) augmenté des coûts de l’opération (transport, assurance, commissions), alors l’importateur préférait payer avec de l’or. Ce montant limite qui faisait préférer le paiement en or au paiement en devises était appelé point de sortie d’or. de la même façon, on définissait un point d’entrée d’or, qui était le cours du change à partir duquel un importateur anglais préférait payer en or plutôt qu’en francs.

Ces deux points d’or constituaient par conséquent les limites de la marge de fluctuation du cours de change autour du pair métallique. Autrement dit, la stabilité des changes était censée être assurée à la faveur du seul marché, sans intervention des agents économiques. Par ailleurs, ce mécanisme permettait aussi d’assurer un retour à l’équilibre de la balance des paiements. Prenons l’exemple d’un déficit de la balance des paiements, qui conduit à une dépréciation de la monnaie jusqu’au point de sortie d’or. Cette sortie d’or va déboucher sur une contraction de la circulation monétaire dans le pays, en raison du lien étroit entre stock d’or et quantité de monnaie en circulation. Ce faisant, pour peu que l’on accorde quelque crédit à la théorie quantitative de la monnaie, il doit se produire une baisse des prix intérieurs, qui améliorera la compétitivité-prix du pays et, à terme, permettra un rééquilibrage de la balance des paiements.

La fin de l’étalon-or

Dans sa version stricto sensu, le système d’étalon-or était donc un mécanisme qui devait permettre de stabiliser le cours des monnaies et les balances des paiements des pays sans intervention des agents économiques, mais dans certains cas au prix d’une « régulation par la faillite » des entreprises comme le disait Jacques Rueff. Mais en pratique, le rôle de monnaie internationale joué par la livre sterling offrait un statut privilégié à la Grande-Bretagne (comme les États-Unis plus tard, mutatis mutandis), et la Banque d’Angleterre ne s’est pas privée d’intervenir sur le marché en faisant varier son taux d’escompte, pour inciter les investisseurs à placer leur argent à Londres.

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